ASTÉRÉOTYPIE post rock spoken word

YOHANN GOETZMANN, STANISLAS CARMONT,
AURÉLIEN LOBJOIT, KÉVIN VAQUERO spokens words
CHRISTOPHE L'HUILLIER guitare
ARTHUR B. GILLETTE basse
   BENOIT GUIVARCH claviers
ERIC DUBESSAY batterie

Des super-héros. Des héros supers. Yohann Goetzmann, Stanislas Carmont, Aurélien Lobjoit, Kévin Vaquero. Les 4 Fantastiques, auteurs et chanteurs du groupe Astéréotypie. Quatre garçons dans un groupe de rock comme au sommet d’un volcan en éruption, libérant des salves de phrases venues des profondeurs. Des textes candides, anxieux, hérissés, incontrôlés, dérisoires ou existentiels. Des spoken-words arrachés aux trous noirs, à la mémoire vive, aux souvenirs et à la peur. A une altérité, une autre réalité.

Comme tous les super-héros, ils ont des points faibles, les revers de leurs pouvoirs, ils sont aussi des outsiders. Le groupe de rock Astéréotypie n’est pas né dans un garage, mais à l’Institut médico-éducatif (IME) Alternance 92 (géré par l’Association APRAHM) de Bourg-la-Reine.

Au départ, c’est un atelier d’écriture et de poésie lancé par Christophe L’Huillier, un éducateur spécialisé, par ailleurs musicien et fan de rock indé avec Claire Mahé, elle aussi éducatrice spécialisée. «J’ai monté ce projet parce que j’étais intrigué par la façon dont certains gamins de l’IME s’exprimaient. Il fallait en faire quelque chose. Assez rapidement, ils ont écrit des textes que je n’attendais pas. C’était très touchant, j’avais l’intuition que ce qu’ils disaient pouvait intéresser des tas de gens. Puis j’ai sorti une guitare et j’ai commencé à mettre de la musique sur leurs textes. Tout s’est fait petit à petit, ce n’était pas destiné à devenir ce que c’est maintenant».

Maintenant, c’est cet album, L’Energie positive des Dieux, une juxtaposition de chansons et de sentiments que n’auraient pas renié Antonin Artaud et les surréalistes.

L’album a été enregistré en 2016 dans un studio de la banlieue parisienne. Avec les quatre garçons, puis Christophe à la guitare, Arthur B. Gillette (Moriarty) à la basse, Benoît Guivarch’ aux claviers et synthé modulaire, Eric (batteur de Moriarty – sur 2 morceaux), et la légendaire japonaise Emiko Ota à la batterie (sur le restant des titres). Un format classique, sans failles, guitare-basse-batterie (plus pas mal de sons additionnels quand même, claviers et accordéon) pour créer une musique à la hauteur.

S’il fallait l’étiqueter, Astéréotypie joue un genre de post-rock garage, tendu, épique et charnu, toujours surpuissant et cathartique. Des montées d’adrénaline sonique, des saillies de lumière et de chaleur dans le chaos aveugle, en écho aux textes hallucinés, aux voix saturées d’énergie des 4 Fantastiques.

Dans Colère, Stanislas énumère et vocifère tout ce qui le met en colère, de «J’en ai marre qu’on me crie dessus, juste parce que je me décortique le nez» à «ce qui me met en colère, c’est qu’il y a des gens qui disent que je suis fou, qui disent que je suis FOU». Plus loin dans le même titre, il chante son angoisse qu’on mette «la musique fort quand y’a un anniversaire à l’Hippopotamus». Dans 500 euros, Stanislas encore, faux-monnayeur et vrai rêveur, chante : «Je prends le billet que j’ai fabriqué, je sais que c’est pas un vrai c’est un faux, mais je continuerai à en faire parce que même si c’est pas des vrais, ça me fait penser que ce sont des vrais, comme une image que j’ai dans la tête, ça me fait quand même du bien». Dans Le Cachet, Kevin raconte, poignant, son ras le bol du traitement médicamenteux : «Si je ne le prends pas, je mourrai à 100 ans, si je le prends, je mourrai à 30 ans». Dans Septième art, Yohann recense, avec autant de précision que d’imagination, sa vie de cinéphile : «J’aime les bruits des cris, des arbitres, des coups. Il y a le film Kickboxer de Luke Arnold, avec JCVD en 1987. Mais cette année-là, il y a aussi la saga Alien…». Alphabétix, prouesse écrite et dite par Aurélien, est un voyage en deux dimensions, dans les 26 lettres de l’alphabet et dans l’espace de la banlieue et de ses zones commerciales, de Bourg-la-Reine jusqu’au zoo de Thoiry.

Tous ces textes questionnent la réalité et la perception libre, ou au contraire aliénée, qu’un individu peut s’en faire : on appelle ça la poésie. En somme, que l’on connaisse ou non sa genèse, ce disque est une claque. Ou une soufflante, comme hurle Yohann sur la chanson du même nom. C’est la clameur d’un groupe qui a des choses à dire, une raison d’être, qui n’est pas là pour rien. «Tout va bien, tout se passera bien».

Avant, il y a eu quelques concerts, d’abord dans les réseaux institutionnels. Puis un premier album autoproduit en 2013 et un concert à Paris, en 2015, pendant le festival Sonic Protest. Puis, la même année, à l’Olympia en première partie de Moriarty. Pour Astéréotypie, la scène est lieu d’expression, de concentration, de tension, d’épiphanie sans doute.

Le ballet charismatique des 4 héros n’est pas sans rappeler les convulsions d’un Ian Curtis avec Joy Division, ou les frasques d’un Freddy Mercury qui auraient décidé de prendre possession d’un participant récent de The Voice (nos héros sont de grands consommateurs de télévision et des réseaux).

Christophe L’Huillier : «Dès le premier concert, on a été surpris de se rendre compte qu’ils étaient galvanisés. Yohann adore se rouler par terre, comme Johnny qu’il adore. Aurélien est très agité dans la vie, mais très calme et posé dès qu’il est sur scène, avec sa gestuelle. Des chorégraphes pourraient s’en inspirer…».

Arthur B. Gillette, musicien dans Moriarty, se souvient du concert à l’Olympia : «On n’avait rien dit au public, simplement que c’était un groupe qui nous était cher. L’idée c’était de les faire découvrir comme n’importe quel groupe de première partie. On a d’abord vu un gros point d’interrogation se dessiner sur les visages du public, puis l’adhésion aux paroles, au propos et à la puissance de la musique». Arthur B. Gillette est impliqué depuis 2013 dans Astéréotypie, dont il est maintenant bassiste.

Et L’Energie positive des Dieux est sorti sur Air Rytmo, le label créé par Moriarty. «La rencontre avec Astéréotypie, ça m’a ré-enchanté. Kevin, Stan, Aurélien et Yohann n’ont aucune conscience du monde de la musique, ils font le truc sans calcul, leur propos est personnel et universel à la fois. Ils expriment des choses que des musiciens professionnels n’oseraient jamais chanter, mais leurs obsessions, leurs peurs sont celles de tout le monde en souterrain. J’avais envie de partager tout ça».